lundi 5 février 2018

Célébrer 60 ans de changement

En 2018, nous célébrons le 60e anniversaire de Carrefour International. Nous célébrons les milliers de volontaires des pays du Sud et du Nord qui ont changé des vies, la leur et celle de nombreuses autres personnes. Nous célébrons aussi les partenaires canadiens et des pays du Sud qui ont travaillé aux côtés de Carrefour et de ses volontaires pour créer un monde égalitaire.

En 60 ans, Carrefour International a évolué afin de toujours mieux répondre aux besoins des communautés, mais n’a jamais cessé de travailler main dans la main avec des partenaires, conformément à la vision de son fondateur, James Robinson.

Nos partenaires sont notre force motrice; ils guident la mise en œuvre de programmes efficaces et efficients qui répondent à leurs besoins et à ceux de leur communauté. Ces programmes, en mettant à contribution différents acteurs de la communauté, donnent des résultats durables. Au Togo, par exemple, avec notre partenaire Groupe de réflexion et d'action Femme, Démocratie et Développement (GF2D), nous pilotons des clubs pour les garçons dans certaines écoles, sachant que l’égalité entre les sexes passe par la sensibilisation et l’engagement des garçons dès leur plus jeune âge. Avec notre partenaire ghanéen WILDAF et dans le cadre de notre programme d’accès à la justice, nous associons les chefs religieux et traditionnels à la lutte pour les droits des femmes, car ils ont le pouvoir et l’influence nécessaires pour transformer leur communauté et ainsi améliorer la vie de nombreuses femmes et filles.

Nos partenariats ont un impact et nous applaudissons l’adoption l’an dernier de la Politique d’aide internationale féministe du gouvernement canadien qui reconnaît l’importance de travailler en partenariat avec la société civile locale et le secteur privé pour réaliser les résultats escomptés. Cette approche féministe s’accorde parfaitement avec le travail que Carrefour et ses partenaires accomplissent depuis dix ans pour promouvoir l’égalité des femmes et des filles et éliminer la pauvreté.

Nous célébrons donc notre 60e anniversaire dans un contexte opportun et porteur d’espoir, où la promotion de l’égalité des sexes est devenue une priorité pour le gouvernement, mais aussi pour une partie de la société.

Chaque succès est un pas vers l’égalité des sexes et c’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, fort des enseignements tirés pendant les 60 dernières années, du dévouement et de l’enthousiasme de nos volontaires et de la détermination de nos partenaires, nous continuerons à poursuivre notre travail comme catalyseur de changement.


Nous avons tous un rôle à jouer pour créer UN SEUL MONDE sans pauvreté, égalitaire et respectueux des droits des femmes et des filles. Devenir volontaire, faire un don, défendre les droits des femmes dans sa communauté, ou prendre position et revendiquer sont autant de façons d’y contribuer. Vous pouvez aussi participer à notre défi caritatif, un trek en Tanzanie qui aura lieu en août 2018, organiser un événement dans votre communauté pour sensibiliser les gens aux difficultés qu’affrontent les femmes et les filles dans les pays où nous travaillons, ou participer à notre Facebook Live à propos de l’autonomisation économique des femmes. Il y a une foule de possibilités d’agir ici au Canada et outre-mer. Reste à savoir : quel est le rôle que vous allez jouer?

lundi 4 décembre 2017

Travailler ensemble pour surmonter les défis mondiaux

J’ai très récemment participé à la conférence IVCO 2017 des organisations de coopération volontaire internationale à Séoul. C’était inspirant d’être partie intégrante d’une communauté mondiale renforçant ses partenariats afin de mieux s’attaquer aux défis actuels de la coopération internationale. J’y ai observé un mouvement de la société civile engagé à multiplier les efforts collectifs pour raffermir la coopération internationale, mouvement opposant un contrepoids à la montée du nationalisme et au recul de la collaboration internationale auxquels nous assistons dans de très nombreux pays. Le président d’IVCO, Chris Eaton, a bien cerné cet engagement : « Nous devons sortir de notre zone de confort; nous avons besoin de plus d’espace pour nos partenaires au Forum et sur le terrain. »

La conférence avait cette année pour thème Implementation of the Sustainable Development Goals (SDG) through transformative partnership in volunteering [Mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD) par des partenariats en volontariat transformateurs]. Carrefour International s’est inscrit directement dans ce thème dès l’ouverture de la conférence avec la présentation Sustaining Girls’ Empowerment (Soutenir l’autonomisation des filles) faite conjointement avec la directrice des Services de tests de connaissances, d’orientation et psychologiques du ministère de l’Éducation du Swaziland, Mme Lindiwe Dlamini. Nous avons présenté le travail d’autonomisation de milliers de filles à risque de violence fondée sur le genre que nous accomplissons avec notre partenaire local Swaziland Action Group Against Abuse (SWAGAA). Nous avons également montré qu’un programme soutenu par des volontaires que nous avons piloté a été adopté par le gouvernement swazi et s’est étendu à l’ensemble du pays. Cet accomplissement est fondamental pour la pérennité du programme.

Les volontaires de Carrefour travaillent aux côtés des populations et des partenaires locaux depuis des décennies. Travailler ensemble, sur un pied d’égalité, fait partie de nos valeurs depuis le premier mandat de volontaire outre-mer en 1958. Lors de la Journée internationale des volontaires le 5 décembre, nous allons lancer les célébrations de notre 60e anniversaire sur la Colline du Parlement. En compagnie de nos partenaires du Togo et du Burkina Faso, ainsi que de nos volontaires, nous partagerons avec les députés, sénateurs et ministres des récits éloquents des réussites de nos 60 ans de partenariat pour éliminer la pauvreté et promouvoir l’égalité partout dans le monde.

Après six décennies d’activités et plus de 9 000 mandats de volontaire dans les pays du Sud, la vision d’UN SEUL MONDE de nos fondateurs est toujours aussi pertinente non seulement pour Carrefour, mais aussi pour l’ensemble de la communauté du volontariat international. J’ai confiance en notre capacité de nous unir pour surmonter les défis de la coopération internationale et créer un monde où les valeurs de solidarité et d’égalité retrouvent leur importance. Merci à tous les volontaires de mettre leur temps, leurs compétences et leur enthousiasme au service de ce but! 

mercredi 1 novembre 2017

Eveiller l’espoir pour la nouvelle génération

103 318. C’est le nombre de personnes qui ont traversé la mer Méditerranée pour atteindre l’Italie de janvier à août 2017. 103 318 personnes, la plupart d’entre elles étant des jeunes qui ont tout quitté – pays, épouse, famille –, pour chercher un avenir meilleur, une quête qui couta la vie à nombre d’entre eux.

Voilà le visage de la pauvreté, celui d’un immense désespoir qui amène les gens à risquer leur vie pour un eldorado qui, souvent, n’existe pas. Les promesses de l’Europe dissimulent une triste réalité pour les migrants. La plupart finiront par se retrouver à la rue ou dans des camps de migrants sans perspective d’améliorer leur sort.

Aux prises avec une pauvreté et une insécurité alimentaire croissantes, les jeunes sénégalais comptent parmi le grand nombre de jeunes africains qui ont perdu tout espoir pour l’avenir et décident de quitter leur pays. La situation est dramatique. L’économie du sénégalaise repose largement sur la culture et la pêche commerciales et l’exode des jeunes menace l’avenir de ces secteurs.

Que faire pour endiguer cet exode croissant des jeunes? Nous pouvons revaloriser l’agriculture de manière à ce qu’elle offre une carrière viable et un mode de vie attrayant pour les jeunes.

Lors de ma récente visite au Sénégal, j’ai rencontré des jeunes fiers de travailler dans le secteur agricole. Ils avaient mis en place un système de rotation des cultures leur procurant des revenus toute l’année. Ces jeunes prenaient part au projet Fermiers pour l’avenir mis sur pied par notre partenaire RESOPP, avec le soutien de Carrefour International. Cent jeunes, dont la moitié sont des femmes, ont reçu une formation en techniques agricoles modernes, agroécologie et gestion, afin d’acquérir les connaissances nécessaires à la mise en place du système. Ce modèle est peu coûteux et fournit aux jeunes un revenu et un travail stables, d’où un taux de rétention élevé.

Ce genre de projets est inspirant et a fait ses preuves dans d’autres pays comme la Bolivie, le Togo ou la Tanzanie, où nos partenaires, avec la collaboration de Carrefour, ont créé de nouveaux modèles d’agriculture qui procurent maintenant un revenu durable aux jeunes et à leur communauté. J’ai observé des résultats prometteurs. Ces projets sont des catalyseurs de changement qui peuvent transformer la perception qu’ont les jeunes de l’agriculture et leur ouvrir des perspectives d’avenir durables.


mercredi 11 octobre 2017

Pourquoi la Journée de la fille devrait être importante pour les Canadiens

Le 11 octobre, le monde entier célébrera la 6e édition de la Journée internationale de la fille. La question que de nombreux Canadiens pourraient se poser est : pourquoi est-ce que cela a une importance ici au Canada ?

La réponse est simple. Nos paroles ont de l’importance.

Le récent tollé soulevé par les propos d’un ex-ministre membre du cabinet fédéral qui avait qualifié la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, de « Barbie du climat » en est un exemple. Bien que la condamnation de cet incident ait été rapide, il fait suite à d’autres attaques très publiques contre des femmes, par exemple le cas d’un groupe de gens d’affaires qui avait utilisé une photo du visage du Premier ministre de l’Alberta, une femme, comme cible lors d’un tournoi de golf, ou les attaques et les menaces nauséabondes contre des femmes de diverses sensibilités, actives dans notre vie politique.

Cela a des implications qui dépassent nos frontières. Réfléchissez à la nature du message qui est transmis aux filles de pays qui n’ont pas une longue tradition de protections légales. Si rabaisser les femmes et mettre en scène des violences à leur encontre sont tolérés, que doivent-elles penser alors même qu’elles luttent pour revendiquer leurs droits fondamentaux ? Quelle perception auront-elles des choix qui s’offrent à elles ?

Cette nécessité m’est apparue comme une évidence lors d’une récente visite en Tanzanie et au Swaziland, pays où Carrefour International intervient. J’y ai rencontré de nombreuses filles en situations très précaires et vulnérables, dont des jeunes femmes avec de très jeunes enfants fuyant les mauvais traitements dans un refuge pour femmes récemment ouvert. J’ai demandé à une de ces jeunes femmes ce que son souhait le plus cher serait dans une année, et elle m’a répondu, « vous dire que dans ma communauté il n’y a plus de mutilation génitale féminine. »

Le Canada peut l’aider à réaliser son ambition.

Une réponse apportée par Carrefour International et ses partenaires locaux au Swaziland, au Ghana et au Togo est constituée par les Clubs d’autonomisation des filles. Ces clubs aident les jeunes femmes à partager leurs expériences et à débattre des stratégies leur permettant de revendiquer leurs droits et le contrôle de leur propre corps. Ces clubs ont réalisé d’incroyables progrès dans la signalisation des agressions sexuelles, la réduction du nombre de grossesses chez les adolescentes et la lutte contre le décrochage scolaire des filles.

Grâce à sa Politique d’aide internationale féministe, le gouvernement du Canada répond au besoin de modèles positifs pour l’autonomisation des femmes, le respect et l’inclusion sociale, ainsi que pour des mesures de protection légales. Cela est indispensable pour assurer les droits des femmes et des filles dans les pays du Sud.

Le Canada a reçu internationalement des éloges mérités pour avoir publiquement fait le lien entre la pauvreté et les inégalités entre les sexes.

À présent, le reste du monde observe le Canada. Ceux qui se sentent menacés par le fait que des filles puissent exercer et faire valoir leurs droits n’hésiteront pas à dénoncer l’hypocrisie d’un pays prétendument progressiste embourbé dans des discours toxiques et des débats qui suscitent la division, sans parler de l’absence de progrès sur la question de la justice à rendre aux femmes autochtones.

Dans le rapport de 2016 intitulé Une approche féministe de l’aide internationale du Canada, rédigé par des dizaines d’organisations canadiennes de la société civile, une des stratégies proposées pour obtenir un « changement transformateur » et pour « aborder la question des causes fondamentales des inégalités entre les sexes » est d’améliorer l’éducation du public au Canada même. Nous aurons également besoin de prouver nos résultats.

A l’ONU, le gouvernement danois a récemment passé le relais à Marie-Claude Bibeau, la ministre du Développement international du Canada, pour l’organisation de la 5e conférence « Women Deliver », qui se tiendra à Vancouver en 2019. Ce sera la plus grande réunion mondiale sur la santé, les droits et le bien-être des filles et des femmes, et un catalyseur qui accélérera les progrès sur l’égalité des sexes au niveau mondial. Les Canadiens ne peuvent contribuer à ces progrès qu’à condition d’avoir de la crédibilité au niveau national. Cette crédibilité est menacée quand nous rabaissons aussi facilement les femmes dans le discours public.

Nous avons la responsabilité de montrer la voie. Canada, il est l’heure de « passer de la parole aux actes » concernant la réduction de la violence fondée sur le genre et l’amélioration des droits des filles ; ce qui inclut de dénoncer le sexisme, d’éliminer les discours misogynes et de favoriser une plus grande égalité dans notre propre pays tout en montrant l’exemple à l’étranger.


C’est la Journée de la fille, et les filles du monde entier comptent sur nous.

Article publié dans Vancouver Sun le 9 octobre 2017. 

mardi 5 septembre 2017

Ce que l'attaque terroriste de Ouagadougou signifie pour notre travail au Burkina Faso

Lors d’une soirée paisible dans la capital Burkinabée, des terroristes ont pris le restaurant Istanbul Aziz pour cible, tuant 19 personnes et blessant de nombreuses autres. Parmi les victimes se trouvait Bilel Diffalah, un volontaire d’Uniterra.

J’ai entendu parler de cette attaque alors que j’étais en France avec ma famille et j’ai été terriblement attristée. Pour ceux d’entre nous qui travaillons avec des volontaires canadiens à l’étranger, c’est notre plus grande peur. Quelques heures plus tard, j’ai appris la disparition de Bilel.

Cette attaque odieuse a soulevé des questions parmi nos volontaires, supporters et partenaires. De nombreuses personnes m’ont demandé ce que cela signifiait pour Carrefour International et pour notre travail au Burkina Faso.

Le terrorisme au Burkina Faso n’est pas une situation unique. Les habitants de Barcelone ou de Londres ont également subi de terribles attaques terroristes ces derniers mois. La pauvreté et les inégalités alimentent ces actes dans les pays où nous travaillons et les citoyens et ceux travaillant à leurs côtés sont parmi les plus vulnérables.

Pour Carrefour, la sécurité de nos volontaires est essentielle. Nous surveillons de près la situation au Burkina Faso ainsi que dans chacun des pays où nous travaillons et nous adaptons notre travail à cette nouvelle réalité. Je suis touchée par l’engagement de nos volontaires et leur forte envie de continuer leur mandat aux côtés des citoyens du Burkina Faso. C’est pourquoi Carrefour va redoubler ses efforts pour faire progresser l’égalité pour les jeunes, renforcer l’autonomisation économique des femmes, combattre les mariages précoces et forcés et augmenter le leadership et la représentation politique des femmes. Malgré les mesures positives prises par le gouvernement Burkinabé, il reste encore beaucoup à faire pour améliorer les droits des femmes et des filles au Burkina Faso. Le pays a, par exemple, le sixième taux le plus élevé d’Afrique en ce qui concerne les mariages précoces avec 52% des filles mariées d'ici leurs dix-huit ans, la moitié d’entre elles déjà mère à cet âge.

Nous savons qu’avec la menace terroriste nous faisons face à un nouveau défi. Cependant, tant que la sécurité de nos volontaires ne sera pas compromise, nous continuerons à travailler ensemble pour donner aux jeunes l’espoir d’un futur meilleur et faire progresser l’égalité et les droits des femmes. N’oublions pas que la montée de l’extrémisme mène souvent à la violation des droits des femmes et c’est pour cela qu’il est essentiel de faire avancer les droits des femmes pour combattre cette idéologie.


Le développement international est fondamental en temps de crise. Je crois qu’en travaillant collectivement pour créer un seul monde sans pauvreté, égalitaire et respectueux des droits des femmes et des filles, nous aiderons aussi à faire progresser la paix.

vendredi 30 juin 2017

Des paroles courageuses exigent des actions audacieuses

J’ai été très heureuse d’être invitée le 9 juin au lancement de la nouvelle Politique d’aide internationale féministe. C’était un moment de fierté pour moi, une immigrante dans le pays que j’ai choisi, de me trouver dans un groupe restreint pour entendre l’annonce faite par la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau. Comme cette politique l’indique, le gouvernement fédéral est en train de réorienter ses politiques publiques de façon à placer la sécurité, les droits et l’autonomisation économique des femmes et des filles au centre de sa stratégie mondiale d’aide au développement. J’étais particulièrement fière que nous, à Carrefour international, ayons fait le même choix il y a plus d’une décennie.

Cette politique promet de renforcer la protection et la promotion des droits humains des femmes et des filles; d’améliorer la participation des femmes et des filles aux prises de décision sur un pied d’égalité, particulièrement en ce qui concerne le développement durable; et de donner aux femmes et aux filles un accès plus équitable aux ressources dont elles ont besoin pour s’assurer de manière permanente l’égalité économique et sociale – ainsi qu’un meilleur contrôle sur ces ressources. Ce sont là les mêmes principes fondamentaux que ceux de notre plan stratégique!

Le gouvernement fédéral s’est aussi engagé à élargir les programmes qui auront pour but de :
  • Traiter de la violence sexuelle et de la violence fondée sur le genre et améliorer l’accès des victimes au système judiciaire
  • Renforcer les capacités des organisations et des mouvements de femmes locaux et appuyer leur travail visant à faire avancer une législation et des politiques qui fassent progresser les droits de la femme
  • Élargir l’accès aux ressources et à la croissance pour les femmes, y compris l’accès à la terre ; améliorer les perspectives économiques et la résilience des femmes des zones rurales d’une manière qui prenne pleinement en compte les effets sur l’environnement et les changements climatiques
  • Favoriser à tous les niveaux de gouvernance le rôle dirigeant des femmes et leur participation à la prise de décision
  • Assurer efficacement la participation des hommes et des garçons

Au cours de mes visites auprès de nos partenaires au cours de l’année passée, j’ai vu exemple après exemple de programmes innovants qui contribuent considérablement à chacun de ces objectifs. Notre travail pour faire progresser l’égalité pour les femmes bénéficie à des communautés entières.

Bien sûr, avec ce nouveau mandat, des discussions plus étendues sur la myriade de détails concernant la manière de mettre en œuvre une politique internationale féministe d’aide au développement seront nécessaires. Carrefour international a hâte de travailler avec le gouvernement et les autres parties prenantes pour en faciliter une mise en œuvre sans heurt.

Un point clé de cette mise en œuvre qui n’est cependant pas encore précisé est la question des ressources. Quatre-vingt pour cent de l’aide au développement sera d’ici 2021-2022 consacré à favoriser l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles. Ceci est également une chose formidable.

Le montant total de cette aide n’est cependant pas connu. Comme je vous l’avais mentionné par avance à propos du budget fédéral de 2017, le Canada est en voie de présenter le plus faible engagement en termes d’aide au développement de tous les gouvernements canadiens depuis un demi-siècle, et il s’est placé à la traîne parmi les pays du G7 pour ce qui concerne l’aide internationale au développement. Le plus récent budget n’a rien fait pour répondre à cette préoccupation.

La ministre et le gouvernement fédéral ont montré du courage et de la clairvoyance en s’engageant en faveur d’une politique d’aide internationale féministe. Ils doivent maintenant soutenir leur engagement avec des dollars. Des investissements effectués à bon escient aboutiront à des gains plus substantiels et constitueront une plus forte justification de la stratégie du gouvernement.

Nous avons beaucoup de choses à célébrer en tant que pays à l’occasion de ce 150e anniversaire et cette politique courageuse est l’une d’entre elles. La préparation du prochain budget fédéral est sur le point de commencer. Assurons-nous cette fois que le gouvernement reçoive bien ce message : des paroles courageuses exigent des actions audacieuses ; augmentez l’aide international au développement dès maintenant. Les femmes et les filles du monde entier comptent sur nous.

Pour plus de détail sur la politique d’aide internationale féministe du Canada, rendez-vous sur http://international.gc.ca/world-monde/issues_development-enjeux_developpement/priorities-priorites/policy-politique.aspx?lang=fra



jeudi 1 juin 2017

Obtenons justice pour les femmes de Tanzanie

Je viens de revenir de Tanzanie, où j’ai pu rencontrer nos partenaires pour la première fois. Nos échanges ont été francs et instructifs, même si par moments, j’ai eu peine à entendre certaines réalités. Malgré tout, je rentre au Canada avec un sentiment d’optimisme.

Pendant mon séjour, j’ai été marquée par l’ampleur de la violence fondée sur le genre en Tanzanie, ainsi que par le contexte qui l’entoure. Bien que le Canada ne soit pas exempt de violence systémique, il s’est doté de structures sociétales et de politiques ciblées pour la contrer. Ces mécanismes — que la plupart des Canadiennes et des Canadiens tiennent pour acquis — sont absents en Tanzanie, ce qui est alarmant.

C’est pourquoi ce fut émouvant d’observer les volontaires de Carrefour, avec leur expérience du système judiciaire canadien (un juge du seul Tribunal intégré pour l’instruction des causes de violence familiale au Canada, une procureure de la couronne et une responsable des services d’aide aux victimes et aux témoins de Toronto), travailler avec notre partenaire KWIECO, des officiers de police, des magistrats et des responsables politiques pour partager leur expertise et dispenser des formations sur les réponses systémiques à apporter aux affaires de violence fondée sur le genre dans l’appareil judiciaire.

Ainsi, l’une des premières questions des volontaires concernait la procédure d’accueil lorsqu’une femme victime de violence se présente dans un refuge. La police est-elle appelée ? Voilà une attente qui semble raisonnable ; cependant, la nécessité de soulever cette question démontre à quel point il existe des lacunes dans l’accès des femmes à la justice. Et même quand la bonne volonté est au rendez-vous, elle n’est pas suffisante pour pallier le manque de ressources adéquates. Par exemple, il arrive souvent que la police ne réponde pas à un appel de détresse si le remboursement des frais d’essence pour emmener les victimes en lieu sûr n’est pas assuré !

Les obstacles auxquels font face les victimes de violence dans leur quête de justice ne s’arrêtent pas là. D’une part, le public a peu confiance dans l’intervention de la police. D’autre part, les parajuristes — des acteurs clés dans la quête de justice pour les femmes — occupent un statut précaire dans l’appareil judiciaire, car leur profession n’est pas reconnue par le ministère de la Justice de la Tanzanie. Enfin, les traditions et les préjugés culturels restent un défi. Et tout cela se passe dans un contexte ou 40 % des affaires portées devant les tribunaux de la région du Kilimandjaro concernent les violences fondées sur le genre.

Malgré tout, je suis rentrée au Canada remplie d’espoir et déterminée à en faire davantage. En effet, les progrès sont manifestes : les femmes connaissent mieux leurs droits et sont mieux placées pour exiger que justice soit faite ; la communauté dans son ensemble comprend mieux la violence fondée sur le genre ; et des parajuristes se déplacent pour effectuer des consultations hebdomadaires dans les collectivités. Graduellement, des changements s’opèrent et les mentalités évoluent.

Carrefour et ses partenaires sont à l’avant-garde de cette transformation. Notre programme d’accès à la justice, d’abord déployé au Ghana puis en Tanzanie, constitue un modèle inspirant. Grâce à l’appui du Programme de coopération volontaire du gouvernement du Canada, nous partageons des savoirs et des expertises dans tous nos pays d’intervention, en prenant soin de les adapter à la réalité locale. Le modèle ainsi développé pourrait grandement améliorer l’accès des femmes à la justice, ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes dans plusieurs régions et pays. C’est pourquoi nous devons poursuivre nos efforts.

Éradiquer la violence fondée sur le genre exige d’adopter une approche globale. Il faut améliorer les services de soutien psychologique, un domaine où les besoins sont criants, particulièrement pour les enfants victimes ou témoins de violence. Il faut également faciliter l’accès aux soins de santé, car les hôpitaux sont souvent situés loin des collectivités, ce qui peut compliquer l’obtention de preuves d’agression.


Le changement peut sembler très lent pour une femme et son enfant refugiés dans un foyer pour femmes isolé et qui se demandent si les blessures peuvent guérir et la justice être rendue. Mais ce changement, bien réel, est à notre portée. De plus en plus de femmes se familiarisent avec leurs droits et exigent l’accès à la justice; à mesure que ce phénomène grandira, la violence s’atténuera et les droits seront respectés. Ainsi, avec l’appui de ses volontaires et de ses donateurs, Carrefour continuera de lutter pour la justice aux côtés de ses partenaires, ainsi que des femmes et des filles qu’ils représentent.